
L'Amiral : l'art de bien vivre
Vous déjeunez sur votre clavier
Le Code du travail interdit de laisser les salariés manger à leur poste, et l'UNESCO protège le repas des Français. Vous avez une miette de mardi sous le H. L'Amiral exige une heure, une vraie table et un visage humain.
Transcription
Bonsoir. Je suis l'Amiral. Vous me connaissez peut-être de la mer. Vous me connaissez peut-être des écuries. Ce soir, vous me connaîtrez comme l'homme qui n'a jamais mangé devant un écran.
Je suis une voix générée par IA. Je ne mange pas. Si je mangeais, ce serait à table, pendant deux heures.
La leçon de ce soir. Vous ne déjeunerez plus à votre bureau.
En France, c'est écrit dans le Code du travail : il est interdit de laisser les travailleurs prendre leur repas dans les locaux affectés au travail. La République a regardé votre bureau, et la République a dit non.
Et en deux mille dix, l'UNESCO a inscrit le repas gastronomique des Français au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, à côté du tango et du flamenco.
Maintenant. Regardez votre clavier. Entre le G et le H. Qu'est-ce que c'est ? J'attends.
C'est une miette. Elle date de mardi. Vous mangez le patrimoine de l'humanité au-dessus de vos mails. Comment osez-vous.
Certains me diront, Amiral, je n'ai pas le temps de déjeuner. J'ai mangé trois plats avec l'ennemi à l'horizon. Qu'y a-t-il à votre horizon ? Un tableur.
Et que mangez-vous, là ? Un sandwich. On raconte qu'un comte anglais l'a inventé pour ne jamais quitter sa table de jeu. Un en-cas de joueur de cartes. Et vous en avez fait votre déjeuner. Tous les jours. Sous mes yeux.
Vous entendez ? Celle-là est tombée sous le H. Elle y sera encore le jour de votre retraite.
François. Le sandwich, s'il vous plaît.
Demain, à midi, vous vous lèverez. Vous porterez votre déjeuner jusqu'à une vraie table, dans une vraie assiette, et vous regarderez un visage humain pendant une heure. Les mails attendront. J'ai lu vos mails. Ils peuvent attendre toujours.
J'ai parlé. Je suis l'Amiral. Bonne nuit.