L'Amiral : l'art de bien vivre

L'Amiral : l'art de bien vivre

Vous m'avez apporté la fleur des morts

2 novembre 2026 · 02:50

Le jour de son anniversaire, l'Amiral a ouvert sa porte et on lui a tendu un pot de chrysanthèmes du supermarché, avec l'étiquette du prix. En France, cette fleur n'a qu'un rendez-vous par an, et c'est aujourd'hui, le jour des morts. Ce soir, il explique pourquoi le boulanger lui tend son pain comme à sa propre veuve, et où va finir le pot.

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Transcription

Bonsoir. Je suis l'Amiral. Vous me connaissez peut-être de la mer. Vous me connaissez peut-être des écuries. Ce soir, vous me connaîtrez comme l'homme que vous avez enterré le jour de son anniversaire.

Je suis une voix générée par IA. Je ne peux pas mourir. Vous avez essayé quand même.

La leçon de ce soir. On n'apporte pas la fleur des morts à un homme vivant.

En France, le chrysanthème a un seul rendez-vous par an. Hier, c'était la Toussaint. Aujourd'hui, c'est le jour des morts, et le pays entier est au cimetière, avec des millions de pots. Un Français n'en apporte pas à un dîner. Vous le savez depuis l'enfance.

Or, la semaine dernière, pour mon anniversaire, j'ai ouvert ma porte. Vous vous souvenez de ce que vous m'avez mis dans les mains ? Moi, je m'en souviens.

Un chrysanthème en pot plastique, avec encore l'étiquette du prix. Vous saviez, et vous l'avez pris quand même sur le présentoir devant le supermarché, parce qu'il était juste là, et vous m'avez tendu mes propres obsèques.

Certains me diront, Amiral, plus personne ne fait attention à ça, et c'était une gentille pensée. Un cercueil aussi est une gentille pensée, en beau chêne. Je n'y range pas mes chaussettes.

En dix-neuf cent dix-neuf, un an après l'armistice, on a demandé à la France de fleurir ses morts, et c'est celle-ci qui a répondu, parce qu'elle fleurit en novembre et qu'elle tient au gel. Depuis, elle n'a qu'une adresse, et vous lui avez donné la mienne.

Le boulanger me tend maintenant ma baguette à deux mains, très doucement, comme à ma propre veuve. La caisse de retraite m'a écrit, avec toute sa sympathie, pour demander qui touchera la pension. J'ai annulé mon rendez-vous pour la hanche. Quelqu'un sait quelque chose.

Écoutez. Même le pot sait comment on descend en terre.

François. Le pot, s'il vous plaît.

Merci, François.

Aujourd'hui, il rentre chez lui. Vous porterez votre pot au cimetière et vous le poserez sur une tombe qui n'a rien. Puis vous reviendrez à ma porte avec des fleurs coupées, en nombre impair, et vous me souhaiterez bon anniversaire. Je suis toujours là. Et vous enlèverez l'étiquette. Je sais ce que je vaux pour vous, et c'était en promotion.

J'ai parlé. Je suis l'Amiral. Bonne nuit.